Agnès Varda, dont la carrière s’est étalée sur plusieurs décennies et qui est considérée comme l’une des voix féministes pionnières du cinéma français et la « marraine de la Nouvelle Vague », n’a jamais cherché à se faire prendre au sérieux. Malgré cela, elle était respectée et admirée dans son travail, qui a devancé celui de Jean-Luc Godard et François Truffaut. Cependant, elle a également été quelque peu mise de côté et il a fallu attendre ce siècle pour que son travail soit réellement reconnu. L’année dernière, son célèbre film de 1962, Cléo de 5 à 7, a été classé 14e dans le sondage des plus grands films de Sight & Sound.
Au fil du temps, Varda a développé un côté clownesque, se représentant sous forme de dessin animé sur les affiches de ses films et de DVD, ou encore déguisée en pomme de terre à la Biennale de Venise. Pour elle, il s’agissait d’attirer l’attention, car elle adorait le cirque quand elle était enfant. Mais ce côté clownesque a également contribué à la rendre populaire auprès d’un nouveau public international.
Outre le cinéma, Varda s’est également réinventée en tant que documentariste numérique avec son film révolutionnaire Les Glaneurs et la Glaneuse en 2000, puis en tant qu’artiste d’installation. Ses installations comprenaient notamment Patatutopia, une réflexion sur les tubercules à la Biennale de Venise en 2003, et un hommage remarquable à son île bien-aimée de Noirmoutier, en France, constitué de médias mixtes : photos, vidéos, ballons de plage et une cabane entièrement faite de bandes de celluloid d’un de ses films.
Ce que l’on oublie souvent, c’est que Varda était d’abord une photographe avant de se tourner vers le cinéma. Cette année, le festival français de photographie Les Rencontres d’Arles célèbre son travail en noir et blanc des années 1950 avec l’exposition « La Pointe Courte, des photographies au cinéma ». L’exposition présente des images prises par Varda à La Pointe Courte, une zone de la ville méditerranéenne de Sète où elle a vécu adolescente. Varda est retournée dans cette région pour y prendre des photos en préparation de son premier long métrage, La Pointe Courte, qu’elle a tourné en 1954 en alternant du documentaire avec une histoire d’amour fictive.
L’exposition, constituée d’images jamais vues auparavant, a été réalisée en collaboration avec les enfants de Varda, Rosalie Varda – qui dirige la société de production Ciné-Tamaris – et Mathieu Demy, acteur et réalisateur. Depuis la mort de leur mère, Rosalie a entrepris d’inventorier l’immense archive de négatifs d’Agnès. « Nous organisons, nous découvrons, nous trouvons sans cesse de nouvelles choses », dit-elle.
Avant de se tourner vers le cinéma, Varda s’était déjà fait un nom en tant que photographe professionnelle. Ses premières photos de théâtre, mettant en scène des stars comme Jeanne Moreau et Gérard Philippe, ont été reproduites dans de nombreux textes de théâtre publiés : « En France, tous les élèves avaient des manuels scolaires avec ses photos – tous les classiques de Racine, Molière, Corneille. Tout le monde a grandi en voyant ses images », explique Rosalie.
Les photos de La Pointe Courte montrent à la fois des spectacles folkloriques tels que les joutes nautiques traditionnelles de Sète, mais aussi la réalité banale de l’après-guerre : des enfants entassés dans des pièces exigües, des chiens et du linge qui sèchent sur le front de mer, ainsi que des objets familiers transformés en abstractions surréalistes.
L’exposition « La Pointe Courte, des photographies au cinéma » est accompagnée d’un livre. Il reproduit une exposition que Varda a organisée en 1954 chez elle, à Paris, en présence d’amis et de voisins, dont le photographe Brassaï et les artistes Alexander Calder et Hans Hartung.
Rue Daguerre, où Varda a vécu et travaillé pendant près de sept décennies, est devenue la base de sa carrière éclectique. Elle a réalisé des films féministes marquants, des documentaires sur les Black Panthers et les fresques de Los Angeles, des œuvres hybrides comme Jacquot de Nantes, une recréation imaginative de l’enfance de Demy, ainsi que des études photographiques en Chine (1957) et à Cuba (1962).
Varda a retrouvé de l’attention au cours de ce siècle grâce à des films tels que son autobiographie ludique et émouvante Les Plages d’Agnès (2008), mais aussi grâce à son enthousiasme espiègle pour l’auto-promotion. Pour elle, la photographie est restée une thématique centrale et les images fixes ont continué à nourrir ses films.
