Dans le sud des États-Unis, l'industrie du gaz ronge les zones côtières – Science et Avenir › - 1

« Ils prennent nos vies. » A sa porte en Louisiane, Travis Dardar pointe du doigt un impressionnant terminal d’exportation de gaz… et un terrain qui pourrait bientôt en abriter un second, l’obligeant à quitter son domicile et sa partie de pêche.

Ce projet est « bien pire qu’un ouragan » dont au moins « nous pouvons nous remettre » est jugé par quelqu’un qui se considère comme une victime collatérale du développement de l’industrie gazière américaine, que la crise gazière russe a rendue primordiale. .

« S’il est construit, il n’y aura pas de retour en arrière. »

Dans cette région côtière entre Texas et Louisiane, la multiplication récente des projets de terminaux d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL), d’immenses constructions posées sur des plateaux de béton qui rongent lentement les espaces naturels, irrite les habitants qui les trouvent trop polluants.

Le terminal, envisagé aux côtés de Travis Dardar et de sa femme Nicole, sera à quelques centaines de mètres seulement de leur domicile. Cela ne leur laisserait pas d’autre choix que de se rassembler dans l’espoir que leur terre serait achetée à un prix raisonnable.

Un autre est prévu là où ils pêchent. Ainsi, le couple Dardar risque d’abandonner ses activités de pêche à la crevette et aux huîtres dans la zone, conduisant à terme à un déracinement.

« Nous ne savons pas ce que nous ferons ensuite. Nous savons une chose : nous ne pouvons pas vivre ici », déclare Travis Dardar.

– Ukraine –

En mars dernier, quelques semaines après le début de l’invasion russe de l’Ukraine, le président Joe Biden s’est engagé à augmenter l’approvisionnement en GNL de l’Europe, qui dépend trop du gaz russe.

Travis Dardar et sa femme Nicole devant leur caravane à Cameron, en Louisiane, le 29 septembre 2022. (AFP – François Picard)

En 2022, 44,6 milliards de mètres cubes y ont déjà été exportés contre 26 en 2020, selon le LNG Center, qui fédère les entreprises du secteur.

Les États-Unis sont devenus le premier exportateur mondial de GNL, une industrie que seul le golfe du Mexique, avec ses infrastructures et sa situation stratégique, peut attirer.

C’est uniquement dans cette zone que 5 des 7 terminaux d’exportation américains et 22 des 24 projets ont été soumis aux autorités.

Des activités qui, à leur tour, lui rapportent « beaucoup d’emplois », promet Charlie Riedl, directeur exécutif du CNG Center.

Tant que les projets de terminaux répondent aux critères environnementaux, a-t-il dit, le gouvernement devrait « les autoriser immédiatement ».

– Bruit, lumière et pollution –

Terminal d’hydrocarbures à Cameron, Louisiane, 29 septembre 2022 (AFP – François Picard)

Mais ces côtes de la Louisiane et du Texas sont « sacrifiées », déclare un autre habitant, John Aller.

« Vous avez le bruit, la lumière, la pollution de l’air et plusieurs dizaines d’hectares de marécages en béton », déplore-t-il, assis dans un bateau, en désignant un nouveau terminal d’exportation de GNL, non loin de chez lui.

Agacé, John Allaire regarde les vagues causées par les énormes méthaniers qui ratissent la côte et le dragage du limon recouvrant sa plage.

Il est également préoccupé par l’impact sur la faune. Le projet prévu sur un terrain bordant sa propriété est situé dans un marécage qui abrite une espèce d’oiseau en voie de disparition, le berger noir.

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« C’est consternant de voir cette administration (Biden, ndlr) (…) affirmer qu’il y a urgence climatique cautionner de telles installations », a déploré Kelsey Crane, directrice des politiques publiques à l’association Earthworks.

– Fissures –

La ville texane de Port Arthur, située de l’autre côté de la rivière Sabine, compte déjà de nombreuses usines pétrochimiques.

Rivage à Cameron, Louisiane, le 29 septembre 2022. (AFP - François Picard)Littoral à Cameron, Louisiane, 29 septembre 2022 (AFP – François Picard)

Près du terminal de Cheniere Energy, qui a payé près de 1,5 million de dollars d’amendes l’an dernier pour des fissures dans ses réservoirs, l’activiste John Beard organise une « visite toxique » de la région avec des associations environnementales.

En juin, une explosion a entraîné la fermeture temporaire d’un terminal méthanier à Freeport, plus au sud, rappelant aux habitants les risques immédiats liés à cette zone particulière.

Mais John Beard, chef du réseau d’action communautaire de Port Arthur, dénonce également les effets à long terme sur la santé des résidents majoritairement minoritaires.

À Port Arthur, la population est majoritairement afro-américaine ou hispanique, et selon le US Census Bureau, un quart d’entre eux vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Selon le Texas Cancer Registry, le comté a un taux de mortalité par cancer 25% plus élevé que le reste de l’État.

John Beard estime que les industriels n’ont pas choisi cette zone par hasard : « ils suivent le chemin où il y a le moins de résistance, le chemin des pauvres, le chemin de ceux qui n’ont pas accès aux avocats, qui n’ont pas » d’éducation ou connaissance ». ‘.