comment les scientifiques espèrent nous sauver de la maladie › Geeky News - 1

Grandes baies vitrées à la lumière douce, canapés confortables, café à volonté. Sylvia, Marc, Nadine et Ichan* attendent dans le hall du bâtiment Interception derrière Gustave-Roussy, le premier centre anticancéreux européen situé à Villejuif (Val-de-Marne). Ils ne sont pas malades, mais ils ont un risque élevé de développer une tumeur. Le but du programme auquel ils ont accepté de participer était de leur éviter un jour de devoir franchir les portes d’un immense bâtiment construit à partir de tuyaux d’orgues voisins où sont soignés des malades du cancer.

« L’idée derrière le concept d’interception est de prévenir l’apparition de la maladie ou, si ce n’est pas possible, de la détecter à un stade suffisamment précoce pour que le patient soit guéri sans séquelles. Il s’agit de prévenir l’avenir : nous ne le sommes pas encore, mais nous construisons tout ce qu’il faut pour y parvenir », explique le Dr Suzette Delaloge, oncologue à Gustav-Roussy et chef de projet. Au final, il vous suffit de remplir un questionnaire en ligne pour connaître votre risque et recevoir des conseils voire des médicaments pour le réduire, ainsi qu’un dépistage personnel. Les enjeux sont énormes. Malgré les avancées thérapeutiques, qui devraient une nouvelle fois s’illustrer par le congrès de la Société européenne d’oncologie médicale, qui se tient ce week-end à Paris, le cancer reste la première cause de décès en France, avec environ 160 000 décès chaque année. Cependant, les scientifiques estiment que 75 % des personnes qui ont développé une tumeur au cours des années précédentes ont été identifiées comme des personnes à haut risque de tomber malade.

Paradoxalement, la prévention n’a pas beaucoup de succès : « La participation au dépistage organisé s’effondre, la vaccination contre le papillomavirus n’est pas attractive, c’est assez désastreux », regrette le Dr Delalog. D’où l’idée d’adapter ces mesures au risque réel de chacun pour les rendre plus acceptables. « Dans le cas du cancer du sein, les femmes les plus à risque passeront une mammographie chaque année, et les autres pourront reporter ce dépistage de plusieurs années », illustre le généticien Olivier Caron, membre de l’équipe d’Interception.

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Sylvia, Mark, Nadine et Ichan ont été référés ici par leur médecin car ils sont de gros fumeurs – au moins un paquet par jour depuis plus de trente ans. Leur journée s’annonce chargée. Mark, 45 ans, gérant d’une boîte de nuit, essaye un vélo elliptique qui imite le mouvement de la course. Il devrait s’arrêter dans quelques minutes… « Nous évaluons leurs capacités cardiovasculaires et musculaires pour ensuite voir comment augmenter leur activité physique au quotidien », explique Elodie, préparatrice sportive. En attendant leur tour, Sylvia, Nadine et Yichang répondent à un questionnaire sur leur alimentation. L’occasion de démystifier certaines fake news : non, la gelée royale ou les huiles essentielles ne protègent pas du cancer… Chacun pourra se faire dépister et assister à une conférence sur les risques du tabac. A la fin de la journée, ils repartent avec des conseils personnalisés : alimentation, exercice, rendez-vous chez un tabacologue, calendrier des prochains examens.

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Nouveaux outils de vérification

Des programmes similaires existent pour les cancers du sein, du côlon et de la bouche. Un questionnaire remis aux médecins généralistes de la région leur permet d’identifier parmi leurs patients ceux qui sont le plus à risque de développer une de ces tumeurs, souvent en raison de leurs antécédents familiaux, de leur poids ou de leurs antécédents médicaux. 800 Franciliens y ont déjà participé. Bientôt s’y ajouteront quelques tumeurs du sang et du pancréas. « Nous ne considérons que les cancers pour lesquels nous pouvons proposer des interventions : prévention, dépistage ou programme de recherche », précise Suzette Delaloge. Son équipe fourmille de projets. Pour le cancer du pancréas, souvent détecté trop tard, les participants porteront un patch glycémique plusieurs fois par an pendant plusieurs jours. L’apparition d’un diabète de type 2 serait en effet le signe que le pancréas souffre, ce qui pourrait être dû à une tumeur.

Au cours des prochains mois, d’autres centres de cancérologie, hôpitaux et cliniques offriront un service similaire. « Nous sommes des pionniers, mais nous avons besoin d’un accès égal à ce type de programme sur tout le territoire. De plus, nous avons besoin d’un large éventail d’acteurs dont nous pouvons suivre l’avenir pour continuer à affiner notre évaluation des risques », souligne le professeur Fabrice Barlesi, directeur général de Gustave-Roussy. Car, bien sûr, il faudra mesurer l’impact des mesures proposées, même si elles reposent déjà toutes sur des données vérifiées.

Les scientifiques travaillent également à développer de nouveaux outils de dépistage, tels que des biomarqueurs dans le sang et les selles, pour identifier les fumeurs les plus à risque de tomber malades. Inflammation importante, diminution de l’immunité, dérégulation du microbiote peuvent être des signaux précurseurs. Si cela se confirme, les chercheurs envisagent déjà de bloquer le processus tumoral avec une immunothérapie de courte durée pour restaurer l’immunité ou des médicaments pour modifier la flore intestinale. « Les personnes à haut risque présentent à la fois un contexte favorable à l’apparition de mutations délétères dans leurs cellules, et un système immunitaire affaibli qui ne détruit pas ces cellules mutées. Par conséquent, nous pouvons jouer à plusieurs tables. A terme, on verra lequel sera le plus efficace en fonction du profil de chacun », explique Suzette Delalog. Après la médecine de précision, l’ère de la prévention de précision arrive peut-être.

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