Une révolution artistique en 1874 : l’avènement de l’impressionnisme

Pour admirer l’oeuvre « Impression, Soleil levant » de Claude Monet, c’est plonger dans un moment unique. On se retrouve aux docks du Havre au lever du soleil, dans la lumière pourpre et brumeuse, alors que les grues et les bateaux se matérialisent vaguement sous la faible lumière du disque rouge du soleil.

Pas de contours nets ni de formes précises ici : les personnes dans les bateaux sont de simples taches bleues, tout comme les bateaux. La lumière du soleil et les mâts des navires se reflétant dans l’eau sont éparpillés et incohérents.

Par les normes auxquelles les artistes européens s’étaient conformés durant les quatre derniers siècles, « Impression, Soleil levant » n’est pas une oeuvre d’art finie mais un croquis à l’huile. Lorsqu’elle a été dévoilée lors d’une exposition de groupe en 1874 aux côtés d’œuvres de Berthe Morisot, Edgar Degas, Auguste Renoir, Camille Pissarro et d’autres, le critique Louis Leroy a sarcastiquement commenté : « une impression en effet ! ». Un autre critique a qualifié les œuvres de « raclures de peinture d’une palette étalées uniformément sur une toile sale ». Mais c’est la critique de Leroy qui a marqué, avec sa conclusion selon laquelle l’exposition entière était « l’exposition des impressionnistes ».

  • Impact révolutionnaire de l’impressionnisme en 1874
  • Contestations et critiques des œuvres de Monet et autres
  • Commémoration du 150e anniversaire de la première exposition impressionniste
  • Continuité de l’impressionnisme dans l’art contemporain

Le nom a perduré et, 150 ans plus tard, la première exposition impressionniste est célébrée en France avec autant d’enthousiasme que les Britanniques réserveraient à un mariage royal. L’exposition 1874: Inventer l’impressionnisme du Musée d’Orsay ouvrira ses portes le 26 mars, suivie de plusieurs expositions impressionnistes à Strasbourg, Tourcoing, Clermont-Ferrand, Chartres, Nantes, Bordeaux, et d’un festival impressionniste prévu en Normandie, patrie de Monet.

Les œuvres impressionnistes semblent intemporelles. Elles évoquent les rues des villes d’aujourd’hui, cafés et gares, à quelques détails près. Les impressionnistes ont ouvert une fenêtre et laissé entrer l’air frais.

Cette spontanéité est ce dont se souvient Lélia Pissarro de son enfance impressionniste. Cette peintre et galeriste, qui organise sa propre exposition pour le 150e anniversaire dans sa galerie londonienne, est la petite-fille de l’artiste Camille Pissarro. Elle a hérité d’un sens joyeux d’être artiste, bien plus que de règles artistiques. Les fêtes en bateau, les pique-niques et la peinture en plein air sont les plaisirs de l’impressionnisme que la jeune Lélia Pissarro a absorbés, et qui nous ramènent à cet art encore aujourd’hui.